5ème dimanche de carême, année B

Jr 31.31-34
Ps 50.3-4,12-15
He 5.7-9
Jn 12.20-33

C’est un discours difficile, celui que Jean l’évangéliste rapporte de Jésus. C’est une image bien compréhensible, elle vient de notre expérience de la nature. Certes, si le grain de blé tombé à terre ne meurt pas, il reste tout seul. Pour sa fécondité, il faut qu’il meure. Par la suite, la comparaison est moins évidente : celui qui aime sa vie la perd, mais si nous réfléchissons sur la mort des autres, car la nôtre reste loin de notre expérience, nous voyons que personne n’emporte rien de ce qu’il a gagné ou qu’il a aimé. La perte est encore bien plus grande pour celui qui avait misé à tout avoir.

Le mystère de la fécondité réside-t-il à devenir un grain de blé qui meurt ? Un grain de blé, image lui aussi, de nourriture possible. Nous entendons que Jésus s’identifie, au moment de l’heure décisive, avec cette nourriture et nous invite à le suivre comme il a appelé ces grecs qui veulent voir Jésus. Nous entendons qu’il nous rappelle que les germinations sont lentes et que, pour l’évangile comme du reste pour la vie courante l’un sème, l’autre arrose et celui qui recueille reçoit le travail de plusieurs.

Le discours finit par un acte de confiance : qui œuvre ainsi, le Père l’honorera. Maintenant Jésus a laissé toutes les évidences humaines pour signaler que seule la foi en un Dieu qui est Père, qui est son Père, peut nous offrir une vie éternelle, pleine, définitive, riche de tous les biens, aliment pour nous et pour les autres.

Voilà qu’en Jésus, et aussi en nous à sa suite, s’accompli le vieux songe du prophète. Dès maintenant la relation avec Dieu, l’alliance, ne passera plus par des lois et des formules sociales mais par le cœur humain. À cette heure personne n’aura plus besoin d’instruire son compagnon en disant : apprends à connaître le Seigneur !, car Lui, il sera connu de tous, des plus petits jusqu’aux plus grands.

Comment se fait-il qu’au lieu de dire au frère : regarde ton cœur, nous soyons si préoccupés de l’instruire par toutes sortes de doctrines, de rituels et de préceptes ? Si Jésus, comme il l’a affirmé, a été glorifié et il sera encore glorifié dans les temps, comment se fait que nous soyons parfois si angoissés devant la chute d’éléments superficiels de christianisme de nos sociétés ? Est-ce que nous sommes convaincus que Dieu qui pouvait le sauver de la mort, l’a exaucé ? Que la fécondité du grain de blé passe par ce passage creux ?

C’est une prédication bien étrange celle-là pour nous hommes et femmes du XXIe siècle, personnes qui désirent vivre et allonger, coûte que coûte, les années d’existence ; pour que nous exploitions tous les biens de la terre, même si, pour l’instant, c’est au bénéfice de quelques-uns.

Mais comment vaincre la mort sinon en la trompant  ? en faisant de ce passage la signature d’une vie qui va au-delà d’elle-même ? La mort aux mains du prince de ce monde est l’arme la plus efficace, il nous asservit à ses modes, à ses mensonges, à ses illusions. Mais, dit Jésus, voici que le prince de ce monde va être jeté dehors. Il peut, ce prince, affaiblir notre corps et ainsi influer en nous toute sorte de maladies internes : le désespoir, la fatalité, l’angoisse. Mais il ne peut rien sur notre cœur et moins encore sur le pardon que Dieu nous offre.

Alors, mes frères, les lectures d’aujourd’hui nous permettent de reprendre notre courage. Encore une foi nous allons prier, avec des cris et de larmes s’il en faut, pour les hommes de cette terre, pour tous ceux qui luttent pour la justice et pour éradiquer la faim, pour ceux qui vivent de graves difficultés dans la confiance, pour les témoins qui sentent lâcher les bras, pour nous-mêmes afin d’aller plus librement à la rencontre de toute réalité, et aller plus insistent ment à celui qui élevé de terre, attire tous les hommes de bonne volonté.

Mais cette prière, comme celle de Jésus, ne peut pas être sans la continuité de la possible action, sans l’obéissance à l’appel d’être frères de nos frères. Malgré nos limites et par surplus nos déficiences, il y a toujours des gestes à donner, des moments à partager, des œuvres à faire.

Nous voudrions voir Jésus. Nous abordons Philippe, André, la communauté déjà constitué. Nous écoutons la voix de celui qui le nomme : Voici, l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde. Mais cette voix résonne en chacun de nous, c’est dans notre cœur que nous le voyons, c’est son attirance que nous sentons, c’est son amour que nous éprouvons. Alors, à nous le courage  ; À Lui l’honneur et la gloire pour les siècles des siècles.


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